Mercredi 13 avril 2011
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Lucien reposa sa brosse à dents et se contempla une dernière fois dans le miroir de la salle de bain. Il ajusta son noeud de cravate et sortit. Rares étaient les occasions qu'il avait de
s'habiller en costume, il allait donc savourer cette journée.
Cette journée, c'était celle des obsèques de Julie, une amie de Lucien. Elle avait perdu la vie, assassinée, il y a douze nuits déjà. Cela passe vite, se dit Lucien. Il désirait acheter des
fleurs avant de se rendre à l'enterrement, pour les offrir à la mère en deuil qu'il aimait beaucoup. Fabienne était une femme formidable, trouvait-il, avec un sens aigu des responsabilités et de
la dignité. Lui faire ce cadeau serait un honneur.
La messe fut longue et ennuyeuse. Le prêtre possédait une certaine conception de la mort très éloignée de celle de Lucien, ce qui l'irritait et l'amusait tout à la fois. Comment peut-on vivre
ainsi dans l'erreur ?
De nombreuses personnes étaient rassemblées sur le parvis de l'église. Lucien repéra dans la foule des amis à lui. Etonnant, se dit-il, je ne savais pas qu'ils connaissaient Julie. Il s'approcha
d'Antoine, assis seul sur un banc, les yeux rouges et le regard perdu.
« Salut Antoine.
- Salut Lucien.
- Tu connaissais Julie ?
- Oui, je le connaissais bien. Nous étions sortis ensemble durant une soirée, puis nous étions restés amis.
- Ah oui... Une vraie pute cette Julie.
- Je te demande pardon ?
- Une vraie pute je te dis. On a souvent couché ensemble aussi.
- Tu n'as pas honte de dire une chose pareille ?
- Pourquoi ? Parce qu'elle est morte, cela l'empêcherait d'être une pute ? C'était une salope je te dis. Tiens, deux nuits avant sa mort, elle est venue chez moi, j'étais avec un pote tu
vois, et bien, ça ne l'a absolument pas dérangée. Par respect pour elle, j'éviterai de te raconter les détails salaces. Mais je peux te dire...
- Tais-toi ! Tu es un enfoiré Lucien, je l'ai toujours su. Un bel enfoiré. Tu n'es qu'un minable sans couilles.
- Si Julie était encore là... »
Antoine devînt rouge de colère. Il serra le poing et attrapa Lucien par le col. Sa main tremblait, mais il la laissa finalement retomber et s'éloigna. Il ne voulait pas gâcher les obsèques de
Julie, en si bon ami qu'il était.
Lucien prit la place d'Antoine sur le banc. Mauvaise cible, se dit-il, et mauvaise approche. Il observa à nouveau la foule et repéra Jean. Une vraie commère, ce Jean.
« Salut.
- Salut Lucien, répondit Jean. C'est triste, n'est-ce pas ?
- Oui. Tu n'as pas l'air bouleversé non plus.
- Oh, je la connaissais à peine.
- Moi, si. Et j'aurais des choses à dire, comme qui dirait.
- Ah ? »
Quelques minutes plus tard, Lucien quitta Jean. Méfait accompli. Quelques jours de calme, comme les minutes de silence qu'on impose dans les stades avant que les insultes ne fusent, et la
réputation de Julie sera faite. Elle en avait elle-même posé les bases, après tout. C'était là le véritable crime de Lucien. Tuer Julie n'avait été qu'un acte préparatoire.
« Oh, madame Fabienne. Toutes mes condoléances... Je suis vraiment navré. Je vous ai acheté ces fleurs, que voulez-vous que j'en fasse ? Je peux les disposer moi-même sur la tombe de Julie,
si vous le désirez...
- Faites comme vous voulez Lucien.
- Entendu. »
Par Lifewithwords (Faustine Pelletier)
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Publié dans : Prose
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